Originaire de la République Démocratique du Congo, Mathilde décide il y a 10 ans de quitter son pays et de demander l’asile en Hollande. Seule, sans connaissance de la langue, c’est alors que Mathilde perd la vue. Elle nous livre ici son parcours, du désespoir à la lumière.
J’avais un glaucome, je souffrais énormément, et après plusieurs examens, on m’a expliqué qu’il fallait opérer d’urgence. La première opération n’a pas tenu, et la deuxième n’a pas fonctionné non plus. Depuis, je ne vois presque plus.
À ce moment-là, j’étais profondément triste. Je n’avais plus envie de vivre.
On voulait m’aider à m’intégrer, apprendre à marcher avec une canne blanche. Mais moi, je pleurais sans arrêt, je prenais des calmants pour tenir le coup. Je ne comprenais pas la langue, je ne connaissais absolument personne. Malgré tous les conseils qu’on me donnait, accepter la situation était très difficile. J’avais honte, je ne voulais pas que les gens me voient dans la rue avec une canne blanche.
Heureusement, des personnes de l’Église venaient me voir et m’apportaient la Bible en audio. Puis j’ai commencé à recevoir des livres audio de la MEB, et je me suis mise à les écouter régulièrement. C’est cela qui m’a fortifiée. J’ai compris que la vie a de la valeur, plus que tout le reste. Voir des personnes qui continuaient à vivre malgré leur handicap m’a encouragée. Et puis, savoir qu’il existe une vie après celle-ci m’a donné de l’espérance.
Au début, je refusais catégoriquement d’utiliser la canne, je préférais rester enfermée chez moi. Mais au bout d’un an, à force de rencontrer d’autres personnes comme moi, j’ai compris que cela pouvait arriver à n’importe qui. Alors j’ai essayé d’apprendre le braille.
Au Congo, j’étais professeure de haute couture. J’avais appris à coudre à la machine, et je me disais : « Je suis inutile maintenant, puisque je ne peux plus utiliser la machine. » On m’a pourtant assuré que c’était possible. Je n’y croyais pas, mais on m’a montré comment faire, et petit à petit j’ai compris que je pouvais continuer à utiliser une machine à coudre. J’ai même appris d’autres techniques, comme le tricot.
À l’Église, on m’a confié la responsabilité d’encadrer les femmes. Je me demandais comment j’allais pouvoir partager la Bible alors que je ne pouvais même plus la lire. Je me disais : « Pourquoi Dieu ne fait rien ? ». Mais le pasteur m’a dit : « Dieu te confie une mission, et il sait pourquoi il te donne cette responsabilité. » Alors j’ai poursuivi l’apprentissage du braille. Alain Décoppet m’a envoyé le Nouveau Testament en braille ainsi que des CD de la MEB. Grâce à cela, j’ai pu étudier, me fortifier et à mon tour expliquer la Parole aux autres.
J’ai finalement accepté ce rôle, et les femmes étaient très contentes. Nous avons commencé à organiser une rencontre mensuelle chez moi, une étude biblique. Le groupe a grandi, petit à petit. Depuis 2005, nous nous réunissons chaque samedi : aujourd’hui, nous sommes plus de trente mamans. Je me sens bien dans ce groupe : les femmes me donnent ma place, elles ne s’arrêtent pas à ma cécité. Elles voient en moi plus qu’une personne handicapée.
Le Seigneur a voulu que sa gloire puisse éclater à travers mon histoire.
Ce qu’il fait chaque jour dans ma vie, je le vois par la foi. Je sens qu’Il est toujours avec moi, qu’Il met toujours quelqu’un sur ma route. Et je tiens à dire ceci : ce que vous faites est fantastique. Vous montrez de l’amour envers nous. C’est cela qui nous soutient dans nos douleurs, et dans le partage de la Parole.
Propos recueillis par Ivan Souza
Sans les Bibles audio, sans le braille, sans l’accompagnement, la transformation qu’a connu Mathilde, n’aurait pas été possible. C’est pour cela que la MEB existe et que grâce à votre soutien, des situations a priori sans espoir, se transforment en témoignage puissant.
Faites un don aujourd’hui pour aider les personnes atteintes dans leur vision au cœur des difficultés de leur quotidien.
CHF 50 permettent, par exemple, d’offrir les Psaumes en braille à une personne qui les demande.
CHF 100 fournissent, par exemple, l’équipement et la formation d’un lecteur bénévole.
Merci !